Antony : gaz lacrymogènes devant le lycée Descartes

Antony : gaz lacrymogènes devant le lycée Descartes

Vendredi 2 octobre 2026 au matin, la police a fait usage de gaz lacrymogènes aux abords du lycée Descartes, à Antony, où des lycéennes et des lycéens s’étaient rassemblés pour réclamer davantage de moyens pour l’Éducation nationale. Des passants, parmi lesquels des collégiens, ont été incommodés par les gaz. Ce rassemblement s’inscrivait dans un mouvement qui a pris de l’ampleur dans toute la France depuis deux semaines : ce même vendredi, plus de 700 établissements étaient concernés, dont plusieurs à Antony. Les faits, les revendications, la réponse des pouvoirs publics et les règles à connaître pour les familles : le point sur la situation, à quelques jours de la grève prévue dans l’éducation le mardi 6 octobre.

Gaz lacrymogènes aux abords du lycée Descartes

Des témoignages concordants, accompagnés d’images, permettent d’établir les faits : vendredi 2 octobre au matin, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes aux abords du lycée Descartes, où se tenait un rassemblement de lycéens. Les raisons de ce recours à la force ne sont pas connues à ce jour. À la suite de l’intervention, de nombreux jeunes ont dû se disperser. Les gaz ont également atteint des personnes qui ne participaient pas au rassemblement, en particulier des collégiennes et des collégiens qui se rendaient en cours dans le quartier.

La mobilisation ne s’est pas limitée au lycée Descartes : des élèves participent au mouvement au lycée Théodore-Monod. Nous ne disposons pas, à ce stade, d’informations sur le déroulement de la matinée aux abords de ce lycée, ni autour des autres établissements d’Antony.

Une voiture de police devant le lycée Descartes. Du gaz flotte dans l'air. Au loin, un grand nombre de personnes vont visibles.
Voiture de police devant le Lycée Descartes. D.R.

Au collège voisin, une prise en charge immédiate

Au collège voisin, l’équipe s’est organisée dès l’arrivée des élèves. Les adultes les ont fait entrer sans attendre, afin qu’ils ne restent pas devant l’établissement. Certains membres du personnel sont remontés dans la rue pour aller à leur rencontre et les accompagner jusqu’au collège. Quelques élèves et personnels qui se trouvaient près du lycée ont toutefois été atteints par les gaz. Ils ont été pris en charge immédiatement au collège, où du sérum physiologique a été mis à leur disposition pour se rincer les yeux.

Un mouvement lycéen national aux revendications multiples

Le rassemblement d’Antony s’inscrit dans une mobilisation qui s’est étendue à l’ensemble du pays au cours des deux dernières semaines. La rentrée a été marquée par le sentiment d’un manque de moyens dans l’enseignement public. La majorité des rassemblements se déroulent dans le calme. Les revendications portent principalement sur le manque d’enseignants et de personnels, les conditions matérielles des établissements, les effectifs des classes, les emplois du temps et la pression liée à Parcoursup. Elles comprennent notamment :

  • l’augmentation des moyens attribués à l’éducation ;
  • le recrutement d’enseignants et le remplacement des enseignants absents ;
  • le recrutement de personnels supplémentaires, notamment de vie scolaire et d’accompagnement ;
  • la diminution des effectifs dans les classes ;
  • l’amélioration de l’état des bâtiments scolaires et des conditions d’enseignement ;
  • la réduction de la surcharge des emplois du temps ;
  • des demandes concernant Parcoursup.

Les revendications varient toutefois d’un établissement à l’autre. Certaines mobilisations locales portent sur les locaux, la restauration scolaire, les personnels de vie scolaire, les infirmières scolaires ou le règlement intérieur.

Une jeune femme pose devant un car de police devant le lycée Descartes avec une pancarte "Parcoursup, on bloque aujourd'hui pour débloquer notre demain!
« Parcoursup, on bloque aujourd’hui pour débloquer notre demain!» devant le lycée Descartes. D.R.

 

Parcoursup, un facteur de tension

Les difficultés d’orientation pèsent aussi sur le mouvement. Selon Le Monde, 18 % des inscrits sur la plateforme Parcoursup se trouvaient sans affectation cette année, contre 11,9 % l’année précédente (Soazig Le Nevé, « Sur Parcoursup, la cohorte des “sans proposition” en nette progression », 13 juillet 2026). Une hausse qui alimente l’inquiétude des lycéens sur leur avenir après le baccalauréat.

Une réponse sécuritaire contestée

Plusieurs affrontements entre policiers et manifestants ont été rapportés depuis le début du mouvement. Des lycéens ont été blessés, et plusieurs enquêtes de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) ont été ouvertes. La réponse apportée jusqu’ici par le gouvernement, essentiellement sécuritaire selon ses détracteurs, suscite des interrogations chez les spécialistes comme chez les syndicats. Cité par France 24, Olivier Cahn, professeur à l’université de Nanterre et chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), estime que « ce regain de tensions est directement lié à la communication et au discours du gouvernement ».

Le chercheur relève qu’« en parlant de ces mobilisations lycéennes comme des violences urbaines », le gouvernement « fait un parallèle avec des situations d’émeutes » et en conséquence « la réponse à des émeutes doit être importante, active et très ferme ». Le ministre de l’Éducation nationale a toutefois rencontré vendredi l’ensemble des syndicats représentatifs des personnels de l’Éducation nationale, les fédérations de parents d’élèves et les représentants des organisations lycéennes.

Grève dans l’éducation le mardi 6 octobre

Plusieurs syndicats de l’éducation appellent à la grève le mardi 6 octobre 2026, en soutien aux revendications des lycéens. Le Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) condamne fermement la réponse sécuritaire du gouvernement. « La réponse disproportionnée des forces de l’ordre abîme encore davantage la confiance de la jeunesse envers les institutions. C’est donc aussi la confiance dans la démocratie qui est abîmée », estime le syndicat.

Mobilisation des élèves : ce que les familles doivent savoir

Dans un article mis à jour le 30 septembre 2026, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) rappelle les règles qui encadrent les mobilisations dans les collèges et les lycées. Les collégiens et les lycéens ne disposent pas du droit de grève : ils sont soumis à une obligation d’assiduité. Une absence pour participer à une mobilisation peut donc être comptabilisée et, si elle se répète, entraîner des sanctions disciplinaires. Les élèves conservent en revanche le droit de s’exprimer, de se réunir et de débattre au sein de leur établissement, notamment par l’intermédiaire du journal lycéen.

La FCPE précise aussi les limites de ces mobilisations. Bloquer l’entrée d’un établissement peut constituer une entrave à la libre circulation des personnes ou à la liberté de travailler : les élèves qui souhaitent entrer doivent pouvoir le faire. Les violences contre les personnes et les dégradations de biens sont interdites. La fédération appelle par ailleurs les chefs d’établissement à privilégier le dialogue et la bienveillance face à la mobilisation des jeunes, et estime que le recours aux forces de l’ordre ne devrait pas être systématique.

Les repères pour les parents

Pour les familles dont les enfants participent au mouvement, la FCPE formule plusieurs recommandations, auxquelles s’ajoutent les règles rappelées plus haut :

  • être présents lors des mobilisations, dans la mesure du possible ;
  • encourager un déroulement pacifique des rassemblements ;
  • rester attentifs au respect des droits des élèves ;
  • rappeler que les absences peuvent être comptabilisées, et sanctionnées si elles se répètent ;
  • rappeler que l’accès à l’établissement doit rester libre pour les élèves qui souhaitent entrer.

Reste à savoir si le dialogue engagé vendredi par le ministre permettra d’apaiser un mouvement qui doit connaître un nouveau temps fort mardi 6 octobre. À Antony, les circonstances de l’usage des gaz lacrymogènes devant le lycée Descartes restent, elles, à éclaircir.

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