Plan vélo de Paris : une portée au-delà du périphérique

Plan vélo de Paris : une portée au-delà du périphérique

Paris vient d’annoncer un plan vélo de 200 millions d’euros, avec 140 km de pistes cyclables, 220 km de double-sens cyclables et 420 carrefours à sécuriser. Une annonce parisienne, mais que le Collectif Vélo Île-de-France présente comme une bonne nouvelle pour toutes les communes de la métropole du Grand Paris, dont Antony. Ses arguments : la méthode appliquée aux carrefours, le regard porté sur le périphérique, les trajets quotidiens entre Paris et les communes voisines. Reste une question locale : que peut en tirer une commune où la continuité cyclable demeure inégale ? Entre plans régionaux, métropolitain, départemental, territorial et communal, ce décryptage rappelle qui décide de quoi, et ce que l’on observe sur le terrain à Antony.

Plan vélo de Paris : ce que prévoit l’annonce

La Ville de Paris détaille un programme doté de 200 millions d’euros, destiné à faire de la capitale une référence mondiale du vélo. Il prévoit 140 km de pistes cyclables, 220 km de double-sens cyclables et la sécurisation de 420 carrefours supplémentaires. Une brigade de la police municipale sera consacrée à la lutte contre les violences motorisées, et de nouveaux dispositifs doivent traiter la question des angles morts. Ce plan répond aux demandes des associations, qui suivent de près ces engagements. L’annonce intervient la veille de l’hommage à Paul Varry, cycliste victime de la violence motorisée, organisé aujourd’hui, jeudi 15 octobre, place de la Madeleine.

Six chantiers annoncés pour 2027

L’annonce cite six projets parisiens dont les travaux doivent débuter en 2027 : l’avenue Ledru-Rollin (11e arrondissement), la rue de Rome (17e), l’avenue Jean-Moulin (14e), l’avenue du Docteur-Netter (12e), le pont de Grenelle (15e et 16e) et la rue des Pyrénées Sud (20e). Ces projets concernent d’abord les personnes circulant dans la capitale. Le plan aborde toutefois, selon le collectif, la question des franchissements du périphérique, qui touche directement les communes voisines. C’est ce point qui fait de cette annonce un sujet métropolitain, et pas seulement parisien.

Pourquoi le Collectif Vélo Île-de-France y voit une bonne nouvelle

Dans son analyse publiée à la suite de l’annonce, le Collectif Vélo Île-de-France avance quatre raisons de s’en réjouir à l’échelle de la métropole du Grand Paris, dont Antony fait partie. La première tient à l’effet d’entraînement : un plan de cette ampleur maintient un niveau d’exigence élevé et une dynamique collective, à la hauteur de la place du vélo dans la capitale comme dans la métropole. La deuxième concerne les carrefours. Paris démontre, selon le collectif, qu’on peut les aménager vite et bien, une méthode à exporter au-delà du périphérique, puisque la difficulté est la même aux intersections de banlieue.

Franchissements du périphérique et engins motorisés débridés

La troisième raison est géographique : pour la première fois, relève le collectif, le plan parisien aborde explicitement les franchissements du périphérique et se dote d’une vision métropolitaine. Il dit avoir de nombreuses idées à proposer à la Métropole du Grand Paris et à la Région Île-de-France pour la concrétiser. La quatrième porte sur les engins motorisés débridés, dont la circulation sur les pistes inquiète les cyclomobilistes, qui se déplacent à vélo au quotidien, et tend les relations entre usagers. Paris entend durcir les sanctions ; le collectif estime que les effets se feront sentir en banlieue, car beaucoup de ces engins relient la capitale aux communes voisines.

Plans vélo à Antony : qui décide de quoi ?

Si le plan parisien compte pour Antony, c’est aussi parce que les aménagements cyclables relèvent de plusieurs niveaux de décision, qui se superposent. D’après la Région, la création de pistes incombe essentiellement aux communes, aux intercommunalités et aux départements, la Région finançant une partie des itinéraires qu’elle porte. Chaque échelon dispose de son propre document de référence, de ses propres voies et de ses propres budgets. Pour un cyclomobiliste, la continuité d’un trajet dépend donc de l’articulation entre ces échelons. Voici les principaux repères :

  • La Région Île-de-France porte le réseau Vélo Île-de-France (VIF), doté de 300 millions d’euros pour 750 km et 11 itinéraires. Elle en finance une partie, à hauteur de 60 % selon ses documents de présentation.
  • La Métropole du Grand Paris a adopté un plan vélo métropolitain en juillet 2021, élaboré avec l’appui du Collectif Vélo Île-de-France.
  • Le Département des Hauts-de-Seine dispose d’un schéma directeur cyclable, dont le premier objectif est un réseau structurant continu, et intervient sur les routes départementales.
  • Le territoire Vallée Sud-Grand Paris, dont fait partie Antony, a élaboré un schéma directeur cyclable avec ses onze communes.
  • La commune garde la main sur la voirie communale et sur la police de la circulation de ses rues.

Un plan vélo ne s’impose pas à la voirie communale

Ce millefeuille a une conséquence : chaque plan fixe des orientations, mais la commune reste libre de les suivre ou non sur ses propres voies, y compris celles que son propre schéma ou celui du territoire classent comme prioritaires. Les plans vélo guident les décisions sans les imposer à la voirie communale. Les cyclistes observent alors des écarts entre intentions affichées et aménagements réalisés, d’une rue à l’autre. La question se pose pour toute commune, et elle pèse d’autant plus que les trajets du quotidien, vers les gares du RER B ou les stations du tramway T10, traversent plusieurs rues et plusieurs échelons de compétence.

Vélo à Antony : ce que l’on observe sur le terrain

Rénovée entre février et septembre 2024 et classée en zone de rencontre, la rue Auguste-Mounié ne comporte pas de double sens cyclable, alors que notre article de juin 2025 rappelait qu’elle figure dans les plans cyclables prioritaires de la ville et de Vallée Sud-Grand Paris. La consultation publique de 2019 avait pourtant recueilli 62 % de réponses favorables à une meilleure intégration du vélo. Les associations d’usagers regrettent ce choix, la municipalité n’ayant pas fourni d’explication apportant satisfaction.

Avenue Léon-Jouhaux : une piste départementale de qualité

Dans la commune, les avancées cyclables restent peu fréquentes. La plus récente concerne l’avenue Léon-Jouhaux (RD66), où le Département des Hauts-de-Seine, maître d’ouvrage, a aménagé une piste bidirectionnelle séparée de la circulation automobile, au terme d’un chantier lancé en juin 2025 et désormais achevé. Cet aménagement, prévu pour assurer la continuité des itinéraires jusqu’à Wissous et vers le futur quartier Antonypole, reste l’un des rares de ce niveau à Antony. Difficile de ne pas relever que la continuité cyclable fait toujours défaut dans l’ensemble de la ville, comme le suggère la note médiocre obtenue au baromètre cyclable 2025.

Annonce et réalisation : un plan vélo se juge à sa livraison

À Paris, l’association Paris en Selle tient un observatoire du plan vélo qui compare les aménagements réalisés au linéaire annoncé, afin de mesurer l’avancement des engagements. Dans son bilan de janvier 2026, elle faisait état d’environ 43 % de réalisations du plan 2021-2026 à la fin de la mandature. Cet outil rappelle qu’une annonce ne vaut pas livraison, et qu’un plan se juge aussi à son calendrier.

Ce que les habitants peuvent suivre

Reste à savoir si l’exigence affichée à Paris trouvera un écho dans les communes voisines. En attendant, les habitants peuvent suivre l’avancement des plans sur les sites de la Région, du Département et de l’observatoire, et signaler les ruptures de continuité constatées sur leurs trajets à vélo, à pied ou en transports en commun aux associations et aux collectivités concernées.

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