Le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine bouleverse l’Europe. À Antony, la réaction s’organise en quelques jours. Le 8 mars naît l’association Antony France Ukraine. Hébergement, démarches administratives, emploi, scolarisation : elle revient sur la mobilisation locale qui a permis d’accompagner jusqu’à 150 familles et d’inscrire cet élan dans le tissu associatif et entrepreneurial antonien. Anastasiia a fait partie des antoniens qui se sont mobilisés dans les premiers mois du conflit. Elle revient sur l’action de l’association.
Sommaire de l'article
La création d’Antony France Ukraine dans l’urgence
Quand fut créé l’association ?
Il nous a fallu quelques jours pour réaliser que l’impensable, une guerre d’invasion était devenu réalité, le 24 février 2022, et nous mobiliser.
Antony France Ukraine est lancée dès le 2 mars et a expédié sur le front 2 camionnettes de médicaments et effets de premier secours.
L’association fut créée légalement le 8 mars et a immédiatement pris en charge les premiers réfugiés qui arrivaient.
Qui étaient ces réfugiés ?
Nota Bene : L’Ukraine préfère parler de déplacés temporaires.
Essentiellement des femmes seules avec enfants, quelques séniors les accompagnaient parfois.
Pour beaucoup, leurs compagnons souvent combattants ou en train de rejoindre l’armée, leur avaient demandé de se mettre à l’abri pour pouvoir combattre un poids en moins.
Une quarantaine d’adultes et autant d’enfants les 15 premiers jours
Ces personnes parlaient-elles français ?
Non, à part une dame dont l’époux était Libanais, une autre avec un époux Nord Africain et une autre qui travaillait dans le domaine du vin en Ukraine. Les autres ne parlait pas français.
Elles parlaient russe et ukrainien, et pour certaines anglais.
Quels étaient vos objectifs ?
Immédiatement : loger, régulariser administrativement en préfecture, rassurer les enfants.
Quelques semaines après pour celles restant dans notre territoire trouver un travail, donner des cours de français et scolariser les enfants.
Ensuite trouver un logement indépendant dans le privé et devenir autonome comme elles l’étaient en Ukraine.
Nous n’avions pas vocation à être pérenne, et surtout nous ne voulions pas transformer ces réfugiées en assistés, nous les traitions comme ce qu’elles étaient : des Européennes et des Européens ayant dû tout quitter en quelques heures sous les bombes et ayant provisoirement besoin de l’aide d’autres Européens pour protéger leurs vies et celles de leurs enfants. La même aide que nous aimerions avoir de nos voisins si l’impensable se produisait chez nous.
Jusqu’à 150 famille sont été accueillies.
Une mobilisation forte des Antoniens
Quel fut l’accueil des Antoniens ?
Formidable, des trésors de gentillesse et générosité. Le 14 mars, la salle Henry Lasson était plein d’Antoniens prêts à aider, dont Sophie Devedjian qui par sa présence a crédibilisé l’action et mis à notre disposition des relais dans d’autres associations notamment pour les cours de français.
Dès fin février, aux premiers appels sur Facebook, notre agence immobilière qui servait de plateforme a reçu la visite de tas de gens apportant des médicaments, des produits d’hygiène, nous débordions de dons et proposition d’aides.
À l’arrivée des réfugiées, Henry Lasson était plein, des dizaines de familles ont proposé des chambres, parfois des studios, des gens s’occupaient des cours de français, d’autres de l’administratif, d’autres de distraire les enfants, d’autres de trouver du travail, des dentistes et professions de santé ont reçu gratuitement des réfugiés…
Le coiffeur Rocco a coiffé gratuitement des réfugiées pour leur donner du réconfort et estime de soi après leur traversée de l’Europe, tandis que son épouse de « Mère et fille » offrait ses invendus. L’aide de psychologues ou métiers liés au bien être fut précieux, notamment pour les quelques réfugiées venues de Boutcha ou la barbarie de la soldatesque russe avait atteint des sommets.
Les associations antoniennes ont aussi immédiatement prêté la main d’Antony à Vélo, au secours populaire en passant par Saint-Vincent-de-Paul
Et dans les faits Antony GR, est presque devenue la deuxième association pour l’accueil des réfugiées ! la gymnastique rythmique est de très bon niveau en Ukraine, parmi les enfants réfugiés, beaucoup de filles ont rejoint le club. Et le club a embauché avec bonheur une réfugiée adulte médaillée et enseignante en Ukraine !
Y avait il unanimité dans la ville ?
À part certains à l’extrême gauche et quelques complotistes passés d’antivax à pro-russe, oui . Je ne suis pas certaine hélas que cela soit aussi unanime aujourd’hui après 4 ans de propagande russe.
Et je dois aussi dire que beaucoup de jeunes Russes résidant à Antony ou Sceaux, ou personnes d’origine russe sont venues nous aider, leur maitrise de la langue était précieuse et le symbole fort. Notre association étant dès le départ enracinée dans le tissu entrepreneurial de la ville , d’essence libérale, et la barbarie de l’agression russe ayant secoué les consciences nous avons eu de l’aide de personnes dont c’ était le premier engagement associatif de ce type, et des façons de procéder issues du privé. Le Rotary Antony Sceaux nous a par exemple aussi aidé.
Nous avions pu mettre en place un partenariat avec le Café des sports pour bénéficier d’un précieux local permettant d’accueillir les réfugiés dans la belle rue Auguste Mounié.
Quel fut le rôle de la mairie ?
La mairie était de cœur avec nous, nous leur avons fourni le premier drapeau à hisser sur le fronton, il était clair pour tous les réfugiés que la ville légale (institutions) et la ville réelle (population) soutenaient l’Ukraine et les accueillait avec cœur. Le CCAS a beaucoup aidé pour affréter des bus pour gérer les autorisations de séjour.
Comment s’est passé le logement ?
Les dispositifs officiels sous traités aux associations subventionnées comme Habitat et Humanisme n’ont logé personne, les Antoniens ont via notre association logé ces femmes et enfants dans leurs appartements et pavillons. Les nourrissant et leur donnant du réconfort. Contrairement aux mensonges de certains pas un logement social ni hôtel subventionné par nos impôts ne fut mis à disposition dans notre ville. En revanche les associations marianistes ont assuré ensuite quelques logements pérennes. Ensuite dès qu’elles travaillaient nous les avons aidés pour se loger dans le privé dans de petits studios, notamment avec la garantie Visale.
Comment s’est passé le logement chez l’habitant ?
Nous avions évidemment filtré pour éviter que certains profitent de la faiblesse de ces femmes. Et mis comme règle que le logement devait avoir une pérennité certaine de 3 mois. La plupart des temps ce logement de quelques mois qui est parfois devenu une année, s’est bien passé malgré l’imprévu de la rencontre : les Ukrainiens ignoraient l’existence d’Antony et ne pensaient pas 10 jours avant y vivre, et les Antoniens concernés n’avaient pas du tout prévu d’accueillir chez eux une petite famille en de début de printemps 2022. Des liens se sont créés et perdurent. Il y a eu aussi des échecs, des réfugiées traumatisées n’ont pas su s’intégrer aux familles et des familles se sont rendu compte de la difficulté à vivre avec des « étrangers » ou des jeunes enfants. Il y avait aussi chez les réfugiés des personnes mal éduquées ou incapables de s’adapter.
En préfecture cela se passait bien pour les papiers ?
Oui la préfecture a réalisé une superbe démonstration du savoir faire de la fonction publique française en mettant en place le pourtant tout nouveau dispositif européen de protection temporaire avec efficacité et humanité dans la relation. Nos fonctionnaires ont superbement fait leur travail à la différence des habitats et humanistes et autres machins subventionnés déjà cités.
Dispositif de protection temporaire qu’est ?
Une nouveauté européenne intégrée en France depuis peu, permettant un accueil provisoire (périodes de 6 mois) avec carte de sécurité sociale, pécule de 450 € environ maximum, et surtout autorisation de travail. L’autorisation de travail était la clef de tout et permettait d’éviter les cercles pervers de l’assistanat, d’où l’importance d’obtenir vite les papiers de la protection temporaire
Vous avez parlé de travail dans les premiers jours de l’arrivée des réfugiés ?
C’est rare Ces femmes et enfants étaient des réfugiés, qui une semaine avant leur arrivée n’avaient jamais pensé à quitter leur pays et l’on fui sous les bombes. Ils venaient d’un pays ex communiste mais plus libéral que la France, en Ukraine pour vivre on travaille. Point. Ces femmes ne pensaient même pas à vivre sans travailler, même pour quelques mois.
Et nous avons passé le message que deux choses étaient indispensables : Scolariser les enfants et travailler.
Antony France Ukraine s’est appuyé sur le tissu entrepreneurial de la ville pour leur trouver du travail.
Les restaurants et bars de la ville, et surtout des entreprises comme O2 ont immédiatement embauché. Quand on ne parle pas la langue et que les diplômes n’ont pas d’équivalence femme de ménage est le plus accessible des métiers, donc des pharmaciennes, professeurs ont accepté cela.
Entre nous, un célèbre bar restaurant au sud de la Ville, nous réclamait même plus d’ukrainiennes à embaucher et O2 organisait avec nous des « Job Dating » qui étaient aussi des « Speed Dating »
En partenariat avec d’autres associations nous avons fourni des vélos pour leur permettre d’aller travailler en autonomie.
Avez-vous aussi eu des actions culturelles ?
Oui rapidement on a voulu intégrer et distraire les enfants, mais aussi faire découvrir aux adultes notre culture et la région. Des sorties dans les musées furent par exemple organisées par des volontaires ayant savoir et appétence pour gérer cela.
Retours en Ukraine et situation actuelle
Combien de réfugiées sont restées ?
Grosso modo, la moitié des réfugiées est rentrée, parce que l’Ukraine a tenu et que le danger est moindre dans certaines zones, beaucoup ont rejoint leur pays et famille.
Quelques-unes se sont engagées dans l’armée. Une partie attend la paix pour rentrer et une partie restera je pense en France car y ont créé des liens
J’admire celles qui sont retournées en Ukraine car la vie y demeure dangereuse et difficile.
Des erreurs des regrets ?
Dans les réfugiés il y avait aussi quelques hommes, des séniors ou pères d’enfants malades légitimes, mais aussi deux hommes ayant fui l’Ukraine pour ne pas se battre.
Nous avons fait le choix de les traiter comme les autres, avec le recul cela était une décision injuste et nuisant à l’Ukraine.
Qu’avez-vous tiré de cette aventure ?
Mon époux et moi avons totalement négligé notre entreprise durant une année, cela nous a coûté financièrement, mais comme il dit « nous avons sécurisé notre paradis » et pour moi Européenne, Française et Ukrainienne d’origine un sentiment de devoir accompli. Et cela fut aussi l’occasion de merveilleuses rencontres avec des Antoniens de cœur et ressources.
Où en est Antony France Ukraine aujourd’hui ?
En simplifiant toutes les réfugiées travaillent louent des studios dans le privé et les enfants sont parfaitement intégrés dans les écoles. Ils n’ont depuis longtemps plus besoin d’aide spécifique. Elles se coordonnent en autonomie en bon esprit cosaque entre elles et avec des Antoniens et Scéens avec qui elles ont créé du lien, sur des groupes Whatsapp.
AFU est donc depuis deux ans en sommeil, l’argent restant a servi à acheter des batteries de secours envoyées en Ukraine.
Antony France Ukraine pourra être relancé si des gens le souhaitent peut-être pour conserver après-guerre un lien entre Antony et l’Ukraine ou des projets culturels.





