Mise à jour : les résultats seront présentés lors d’une réunion publique le vendredi 6 février à 20h à l’Espace Henri Lasson
Sommaire de l'article
Une enquête francilienne sur la mobilité et les commerces
En 2025, le Collectif Vélo Île-de-France a mené une enquête quantitative dans quatre villes franciliennes d’environ 50 000 habitant·es, Ermont, Chelles, Antony et Rosny-sous-Bois. Ces communes ont toutes engagé des projets d’apaisement de leur centre-ville, avec une réduction de la place accordée à la voiture et une attention renforcée portée aux piéton·nes et aux cyclistes.
L’enquête repose sur des questionnaires administrés auprès de 150 à 200 client·es par ville, directement dans les rues commerçantes. Elle visait à documenter les modes de déplacement vers les commerces, la fréquence de visite, les habitudes de consommation et les perceptions liées à l’accessibilité et au stationnement.
Les résultats mettent en lumière un décalage important entre certaines idées largement répandues et les pratiques réelles observées sur le terrain, en particulier concernant le rôle de la voiture dans la vitalité commerciale des centres-villes.
La marche, premier mode d’accès aux commerces
Dans les quatre villes étudiées, la marche apparaît comme le principal mode de déplacement vers les commerces de centre-ville. En moyenne, 65 % des client·es s’y rendent à pied, avec des variations allant jusqu’à 80 % selon les communes. La voiture, souvent présentée comme indispensable à l’activité commerciale, reste minoritaire, autour de 16 % des trajets.
Lorsque l’on intègre le vélo et les transports en commun, la tendance se confirme nettement. Entre 80 % et 90 % des client·es n’utilisent pas de voiture pour accéder aux commerces de centre-ville. Ces chiffres sont stables d’une ville à l’autre, malgré des contextes urbains et des configurations de voirie différents.
Les automobilistes sont également moins nombreux à fréquenter régulièrement les rues commerçantes. Une partie d’entre eux traverse les axes centraux sans s’y arrêter, ce qui renforce la présence visuelle des voitures sans se traduire par une contribution équivalente à l’activité commerciale.
Fréquentation et dépenses : aucun lien avec le mode de transport
L’enquête montre que les piéton·nes et les cyclistes résident majoritairement à proximité des centres-villes. Cette proximité se traduit par une fréquentation plus régulière des commerces. Les personnes se déplaçant à pied ou à vélo s’y rendent plus souvent que les automobilistes, parfois plusieurs fois par semaine.
Contrairement à une idée répandue, le volume d’achat ne dépend pas du mode de transport. Les données recueillies ne font apparaître aucune corrélation entre le fait de venir en voiture et des dépenses plus élevées. Les client·es à pied ou à vélo dépensent autant, sur la durée, que celles et ceux qui se déplacent en voiture.
Ces résultats soulignent le rôle central des habitant·es du quartier dans l’équilibre économique des commerces de centre-ville. Leur présence régulière constitue une base stable pour l’activité commerciale.
Perceptions contrastées chez les commerçant·es
L’enquête met en évidence un écart marqué entre les pratiques observées et la perception des commerçant·es. Dans les quatre villes étudiées, ces dernier·es surestiment largement la part de leur clientèle venant en voiture et sous-estiment celle des piéton·nes.
Cette perception est en partie liée à leurs propres pratiques de mobilité. Une majorité de commerçant·es n’habite pas la commune dans laquelle elle travaille et utilise principalement la voiture pour les trajets domicile-travail. Cette expérience personnelle influe sur leur représentation des besoins de la clientèle.
La visibilité des voitures, souvent en simple transit, renforce l’impression que l’activité commerciale dépend fortement de l’automobile. Pourtant, les données recueillies auprès des client·es montrent une réalité très différente.
Antony : une clientèle locale et majoritairement piétonne
À Antony, l’enquête s’est concentrée sur la rue Auguste-Mounié, principale artère commerçante du centre-ville. Les résultats confirment les tendances observées dans les autres communes, avec une forte spécificité locale.
Près de deux tiers des client·es interrogé·es habitent Antony, en centre-ville ou dans d’autres quartiers de la commune. La fréquentation est élevée : 85 % des personnes interrogées déclarent venir au moins une fois par semaine, et plus d’un quart presque quotidiennement.
Les modes actifs dominent largement. 53 % des client·es se rendent dans la rue à pied et 11 % à vélo. Les déplacements en voiture ou en deux-roues motorisés représentent 20 %, tandis que les transports en commun comptent pour 15 %. Au total, 8 client·es sur 10 n’utilisent pas de véhicule motorisé personnel pour accéder aux commerces.
Des client·es fidèles et réguliers
Les piéton·nes et les cyclistes sont aussi les plus assidu·es. Plus de 70 % d’entre eux fréquentent la rue Auguste-Mounié plusieurs fois par semaine. Cette régularité contribue à l’animation quotidienne du centre-ville et à la stabilité de l’activité commerciale.
L’enquête confirme que ces client·es dépensent autant que les automobilistes. Leur contribution repose moins sur des achats ponctuels importants que sur une fréquentation répétée, ancrée dans les habitudes locales.
Cette réalité contraste avec l’idée selon laquelle l’accessibilité automobile serait le principal levier de dynamisme commercial.
Un réaménagement globalement apprécié
La rue Auguste-Mounié a fait l’objet d’un réaménagement achevé en 2024. Elle est désormais classée en zone de rencontre, avec une vitesse limitée à 20 km/h, une chaussée rétrécie, des trottoirs élargis et mis à niveau, ainsi qu’un sens unique pour la circulation automobile.
Ce nouvel aménagement est jugé positif par une large majorité des personnes interrogées. 87 % estiment que la rue est conviviale et accueillante. Cette appréciation reflète une amélioration du cadre urbain et de l’ambiance générale.
Des difficultés persistantes pour les modes actifs
Malgré cette appréciation globale, les niveaux de satisfaction varient fortement selon les modes de déplacement. Une part significative des piéton·nes, près d’un tiers, déclare ne pas se sentir en sécurité dans la rue, en raison notamment de la circulation automobile encore présente.
La situation est plus marquée pour les cyclistes. 68 % estiment que la circulation à vélo est difficile ou très difficile. La suppression du double-sens cyclable et le trafic motorisé restant sont régulièrement cités comme des freins à un usage plus confortable du vélo. Ce résultat contraste avec le résultat des consultations menées en amont des travaux par la municipalité, où une très large majorité demandait une place accrue pour les vélos. Le choix de la municipalité fut de la réduire.
Ces éléments montrent que le potentiel de report modal existe encore, mais qu’il dépend d’aménagements complémentaires.
Le stationnement, un sujet de perception
Le stationnement constitue un autre point de décalage entre perceptions et pratiques. À Antony, 92 % des commerçant·es estiment qu’il est difficile de se garer à proximité des commerces. À l’inverse, 71 % des automobilistes interrogé·es déclarent trouver le stationnement facile, en s’appuyant sur les parkings proches et les rues adjacentes.
Les cyclistes sont plus partagés. Seuls 55 % jugent le stationnement vélo satisfaisant, avec des difficultés particulières lors des jours de marché.
Ces différences de perception alimentent les inquiétudes liées à toute réduction de la place de la voiture, alors que les usages observés suggèrent une capacité d’adaptation plus importante.
Un potentiel réel de réduction du trafic automobile
Malgré le classement en zone de rencontre, la rue Auguste-Mounié reste un axe de transit automobile. Quatre répondant·es sur dix estiment qu’il y a encore trop de voitures, un chiffre élevé pour ce type d’aménagement.
Pourtant, l’enquête révèle un potentiel de réduction du trafic. 73 % des automobilistes interrogé·es indiquent qu’ils pourraient venir autrement, principalement à pied ou en transports en commun. Seuls 5 % de l’ensemble des personnes interrogées affirment qu’elles ne viendraient plus en centre-ville sans la voiture.
Les expériences menées à Antony et dans les autres villes étudiées montrent que la réduction de la place de la voiture n’a pas entraîné de baisse notable de fréquentation commerciale. Certains automobilistes ont changé de mode de déplacement, sans renoncer à leurs habitudes de consommation.
Commerces et apaisement du centre-ville
Les enseignements de cette enquête invitent à reconsidérer le lien entre commerce et automobile. Les données recueillies montrent que la vitalité des centres-villes repose d’abord sur une clientèle locale, piétonne et cycliste, présente de manière régulière.
À Antony, le réaménagement de la rue Auguste-Mounié est largement apprécié mais apparaît encore perfectible. Une réduction supplémentaire du trafic automobile, le rétablissement du double-sens cyclable et un renforcement du confort et de la sécurité pour les modes actifs pourraient contribuer à améliorer le cadre de vie tout en consolidant l’attractivité commerciale.
Ces constats s’inscrivent dans une réflexion plus large sur l’évolution des centres-villes franciliens, où les projets d’apaisement cherchent à concilier qualité de vie, accessibilité et activité économique, à partir des usages réels observés sur le terrain.
📅 Date : 6 février 2026 à 20:00
Ajouter à Google Agenda
Télécharger fichier .ics
📍 Lieu : Espace Henri Lasson, Pl. du Marché
🔗 Pour en savoir plus : Enquête mobilité : présentation des résultats





