Le samedi 9 mai 2026, alors que la France commémorait la veille la victoire sur le nazisme, plus de 500 militants néofascistes se sont retrouvés à la lisière d’Antony et de Verrières-le-Buisson. Le rassemblement s’est tenu malgré l’interdiction préfectorale visant le défilé parisien du Comité du 9-Mai, confirmée jusqu’au Conseil d’État. La zone d’activité des Petits Ruisseaux et le parc de la Noisette, situé à cheval sur les deux communes, ont servi de cadre à cet événement marqué par des dérives documentées. Si le maire de Verrières-le-Buisson a condamné publiquement le rassemblement, la municipalité d’Antony n’a, à ce jour, publié aucune réaction officielle.
Sommaire de l'article
Un défilé parisien interdit et confirmé en justice
La décision de la préfecture de police de Paris
La préfecture de police de Paris a annoncé le mardi 5 mai 2026 l’interdiction du défilé parisien prévu le samedi suivant. La contre-mobilisation antifasciste appelée à dénoncer ce rendez-vous d’ultradroite a également été interdite par arrêté préfectoral.
Cette double interdiction s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes autour de la mouvance néofasciste, dont les rassemblements ont régulièrement donné lieu à des incidents graves ces dernières années. Le défilé annuel, qui réunit traditionnellement plusieurs centaines de militants à Paris, a fait l’objet d’une attention soutenue des autorités.
L’arrêté visait à prévenir les troubles à l’ordre public et les risques de confrontation entre groupes opposés.
Une interdiction validée par le Conseil d’État
Contestée en justice par les organisateurs, l’interdiction a été confirmée par le tribunal administratif de Paris, puis par le Conseil d’État. Cette validation judiciaire constitue une décision inédite. Les années précédentes, les juges administratifs avaient suspendu de telles interdictions au nom de la liberté de manifester.
Pour motiver leur décision, les autorités se sont appuyées sur les incidents constatés lors de l’édition précédente, en 2025, marquée par plusieurs saluts nazis effectués durant le défilé. Ces éléments concrets ont permis de fonder l’arrêté sur le comportement effectif des participantes et participants, et non sur des considérations générales.
La justice a ainsi reconnu que la nature même du rassemblement constituait un risque pour l’ordre public.
Ce qui s’est passé au parc de la Noisette et aux Petits Ruisseaux
Un rassemblement de plus de 500 militants dans une salle privée
Selon les informations publiées par le média indépendant StreetPress et confirmées par actu.fr, c’est dans une salle de la zone d’activité des Petits Ruisseaux, à Verrières-le-Buisson, que les militants se sont retrouvés à partir de la fin d’après-midi du samedi 9 mai. Un concert s’y est tenu de 20 h à minuit, accompagné de stands.
StreetPress rapporte que des participantes et participants venus d’autres pays européens étaient également présents. Les voitures stationnées dans la zone d’activité portaient des immatriculations issues de plusieurs régions françaises ainsi que de pays voisins, selon les témoignages recueillis par le média.
Le rassemblement s’est ensuite poursuivi dans le parc de la Noisette, où des flambeaux, des slogans et de brèves allocutions ont été observés en fin de soirée.
Des dérives rapportées par les médias et les riverains
StreetPress rapporte que la sécurité du rassemblement a confisqué les téléphones à l’entrée pour empêcher la diffusion d’images. En fin de soirée, une centaine de militants auraient effectué des saluts nazis, selon un témoin présent sur place et interrogé par le média.
Plusieurs riverains de la zone d’activité ont observé l’arrivée des participants. Selon les témoignages recueillis par StreetPress, un habitant a tenté de joindre le commissariat de Verrières-le-Buisson, puis la police nationale d’Antony, durant la soirée. Aucune patrouille ne se serait déplacée pour constater les faits.
Une riveraine aurait également alerté la mairie de Verrières dès 20 h 30. La municipalité essonnienne indique, dans les propos rapportés par le média, ne pas intervenir lorsqu’un événement se tient dans un local privé, sauf en cas de débordements signalés.
La réaction publique du maire de Verrières-le-Buisson
Une prise de position rapide sur les réseaux sociaux
François-Guy Trébulle, maire de Verrières-le-Buisson, a publié mercredi 13 mai un message sur sa page Facebook. Il y indique avoir été informé de la tenue de l’événement le dimanche, soit le lendemain des faits, et n’avoir évidemment jamais autorisé ce regroupement.
L’élu précise qu’il n’aurait, en tout état de cause, pas accordé une telle autorisation s’il avait eu connaissance de la nature du rassemblement. Il rappelle que la réunion s’est tenue dans un local privé de la zone d’activité des Petits Ruisseaux, sans information préalable adressée à la mairie.
Cette communication publique, claire et rapide, a été relayée et largement commentée.
Une condamnation explicite et une saisine des services de police
Dans son message, François-Guy Trébulle déplore publiquement que sa commune ait servi de cadre à un rassemblement qu’il juge étranger aux valeurs partagées par les habitantes et habitants de Verrières. L’élu indique également que les services de police étudient les suites à donner à ce rassemblement non autorisé.
À l’inverse, aucune publication n’a été diffusée sur le compte Facebook officiel de la ville d’Antony ni sur les autres canaux de communication municipaux dans les jours suivant les faits. Aucune déclaration de la maire d’Antony n’a, à ce jour, été relayée par la presse locale ou nationale.
Ce silence interroge d’autant plus que le parc de la Noisette est traversé par la limite communale entre les deux villes, et qu’une partie du périmètre du rassemblement nocturne se trouvait donc en territoire antonien.
Questionnements dans l’opposition à Antony
Un communiqué public adressé à la maire
Le groupe d’élus Antony Terre Citoyenne ont réagit sur Facebook mardi 12 mai pour réagir au rassemblement. Le collectif y condamne « avec la plus grande fermeté » la manifestation et demande que la lumière soit faite sur l’absence totale de réaction de la police, malgré les signalements de riverains rapportés par la presse.
Les élus rappellent que si l’ampleur du rassemblement constitue une première pour Antony et ses communes voisines, ce n’est pas la première fois que la commune est concernée par des actions liées à l’ultradroite. Le groupe cite notamment la multiplication, ces dernières années, de tags à caractère raciste, antisémite et islamophobe sur le territoire communal.
Une demande de condamnation officielle
Dans la suite de leur communication, les élus d’Antony Terre Citoyenne interpellent directement la municipalité. Ils lui demandent de réagir publiquement et de condamner les agissements observés lors de la soirée du 9 mai.
Le groupe appelle à ne pas abandonner l’espace public à des courants politiques qu’il associe explicitement à une période sombre de l’histoire. Il rappelle l’importance, pour les pouvoirs publics locaux, de prendre position face à des rassemblements dont la nature est aujourd’hui documentée par la presse et reconnue par la justice.
Le bilan du week-end illustre la dangerosité de ces rassemblements. Selon le bilan communiqué par la préfecture de police le dimanche 10 mai et rapporté par France Info, 98 militants d’ultradroite et d’ultragauche ont été interpellés dans les rues de la capitale, dont 47 ont été placés en garde à vue. La même source précise que 182 personnes ont été verbalisées pour non-respect d’un arrêté d’interdiction (source France Info).
Près de la station Saint-Michel, neuf personnes ont par ailleurs été interpellées avec des armes, notamment des matraques et des couteaux, selon les informations relayées par la presse spécialisée. Localement, les saluts nazis rapportés par un témoin cité dans StreetPress, la confiscation des téléphones à l’entrée et l’absence de réponse aux signalements des riverains complètent un tableau préoccupant.
Face à des faits aussi documentés, qui se sont en partie déroulés sur son territoire et lors de la Journée de l’Europe, l’absence de toute communication publique de la mairie d’Antony interroge.





